Les échanges non marchands reviennent en force dans les discussions[1], ayant défendu cette idée pendant de nombreuses années je ne peux que m’en réjouir. Bien entendu, ce regain d’intérêt pour la question s’accompagne des habituelles critiques (ou analyses bidons[2]). La légalisation des échanges non marchands serait (forcément) portée par, au mieux des bisounours, au pire des pirates qui pillent les gentilles industries de la culture[3]. Ces accusations reposent notamment sur l’existence d’activités lucratives autour du partage. Ce qui peut être vrai (l’exemple le plus souvent cité étant les sites internet gavés de publicités, permettant ou facilitant le téléchargement de fichiers soumis au droit d’auteur). Cependant, les personnes informées comprennent que les promoteurs de ce progrès, ne sont pas dupes. Que l’on parle de contribution créative[4], de licence globale ou de droit au partage, il s’agit bien des échanges non lucratifs. Ils l’ont dit, expliqué et analysé[5].

J’ai participé à ce débat pendant des années, au sein de l’association UFC-Que Choisir mais aussi de la plateforme Création Public Internet.

Cependant, mon sentiment a toujours été qu’il fallait aller plus loin, c’est pour cela que j’ai toujours défendu une approche où le marché et le hors marché étaient traités conjointement au moyen de propositions complémentaires : la légalisation du partage (accompagnée d’une « contribution pécuniaire » payée par l’internaute) et la gestion collective pour les activités commerciales.

En 2012, au sein du projet 3C-DA j’ai proposé d’étendre la gestion collective aux sites internet facilitant/permettant le partage dans le cadre d’une activité commerciale.  Ainsi la boucle serait bouclée. Les artistes, compositeurs et ayants-droit ont un juste rémunération pour leur travail et les consommateurs accès à une culture élargie.

Cette proposition est, bien entendu, ambitieuse, non pas qu’elle soit révolutionnaire, mais parce qu’elle s’adresse à un monde qui, lorsque l’on regarde de plus près, est tenu par un petit nombre d’acteurs qui refuse l’idée même du changement. Cela serait admettre qu’ils ne sont pas propriétaire de la culture et qu’ils n’ont plus le pouvoir de décider ce que le consommateur à le droit ou pas d’entendre et de voir.