Artcile initialement publié en Novembre 2004 sur le site de l’ADMEO

Annoncées comme le signe d’un déclin des économies occidentales, les délocalisations semblent être traitées de manière relativement partielle et partiale. Si leur apparente accélération peut être jugée préoccupante[1], il ne faut pas ignorer que les pays de l’OCDE ont connu d’autres crises sans que cela ne remette réellement en cause leur place dans l’économie mondiale. En fait, la période de turbulence que traversent nos économies traduit surtout une transformation de la structure industrielle mondiale. Il est néanmoins important de comprendre les causes et les formes de ces changements de manière à faciliter l’adaptation de nos économies à ce nouveau contexte mondial.

Le débat sur les délocalisations semble avoir tourné au procès des grands groupes accusés de faire une course aux profits, au mépris des salariés. Les grandes affaires étalées dans la presse ne sont que la face visible d’un problème beaucoup plus complexe qui renferme souvent une véritable rationalité économique. Il existe plusieurs raisons de délocaliser et parfois, il s’agit simplement d’une question de « vie ou de mort ». En effet, face à des firmes bénéficiant de coûts de production beaucoup plus faibles, un grand nombre d’entreprises françaises et européennes, sont dans une situation insoutenable dont la seule issue réside dans la délocalisation. Il serait irrationnel de les empêcher d’agir puisque cela conduirait à condamner l’entreprise et l’ensemble des emplois de direction qui resterait sur le territoire. Soutenir financièrement l’entreprise avec des fonds publics n’est pas plus indiqué, cela conduirait en effet à un gaspillage des deniers de l’Etat puisqu‘à terme l’entreprise partira. Il est préférable d’employer cet argent dans la création de nouvelles activités plus compétitives qui, en se développant, créeront de nouveaux emplois.

Il est important de noter qu’il ne s’agit pas seulement, comme cela l’a été pendant longtemps, d’activités gourmandes en main d’œuvre peu qualifiée. Aujourd’hui, un certain nombre d’activités de pointe est largement concurrencé par des pays émergents qui non seulement bénéficient d’un facteur travail bon marché mais également très qualifié. Ceci est vrai dans des secteurs comme l’électronique ou la programmation. L’Inde, par exemple, parce qu’elle dispose d’un important vivier d’informaticiens, formés et à faible coût, est devenue la principale destination des grandes entreprises américaines d’informatique.

En fait, ces évolutions ne sont pas alarmantes lorsqu’elles interviennent dans une dynamique de spécialisation et de division internationale du travail où chaque activité perdue est remplacée par une autre plus rémunératrice.

Est-on, aujourd’hui, dans cette dynamique? Il est trop tôt pour le dire, nos économies sont encore dans une phase de transition et nous manquons de recul pour tirer un bilan clair du phénomène dans son ensemble. Néanmoins, il est utile de s’interroger sur les causes et les formes de ces mutations de manière à favoriser le développement des activités qui feront, demain, la force de nos industries.

Les pays européens doivent, dès aujourd’hui, réorienter leur budget destiné à soutenir l’industrie vers les activités de haute technologie. La France, par exemple, ne possède pas suffisamment de grands champions industriels lui permettant de bénéficier des nouveaux marchés qu’elle contribue, en délocalisant, à faire émerger. Pour cela, elle se doit de favoriser l’émergence des nouvelles activités où elle bénéficierait d’un important avantage concurrentiel. Dans cette perspective, il est nécessaire que le gouvernement finance des pôles de compétences (cluster) ; structures qui, en permettant aux universités et aux entreprises de collaborer, sont favorables à l’innovation.

Il apparaît également nécessaire de soutenir le développement des nouvelles entreprises, car, s’il ne se créait pas moins d’entreprises en France qu’ailleurs, leur développement paraît, en revanche, beaucoup plus laborieux. P. Artus rappelle qu’aux Etats-Unis, quatre ans après sa création, une nouvelle entreprise voit son effectif et son chiffre d’affaires tripler alors qu’en France la nouvelle entreprise reste proche de sa taille de départ. La faiblesse des exportations des PME françaises, peut en être la cause. En effet, la demande intérieure ne permet pas aux entreprises de bénéficier des débouchés nécessaires au développement de leurs activités. Seule une importante présence hors de nos frontières permettra de dégager un volume d’activités favorable à la création d’emploi.

L’initiative récente du gouvernement français de favoriser les exportations des PME[2], semble sur ce point judicieuse. Elle ne peut cependant qu’être une mesure d’accompagnement. En effet, il ne sert à rien d’encourager les exportations d’une industrie qui ne serait pas compétitive. Favoriser l’émergence de nouvelles activités concurrentielles, notamment en relançant les investissements productifs et de R&D insuffisants depuis 10 ans, doit rester la priorité du gouvernement.